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Le destin lie parfois les hommes bien au-delà des terrains de football. Dans son entretien bouleversant accordé à L’Équipe, Paulo Fonseca a dévoilé les détails d’un huis clos effrayant vécu en février 2022. Avant de devenir des figures de proue de la Ligue 1 (à l’OL pour le premier, et récemment passé par l’OM pour le second), les deux techniciens ont partagé l’angoisse d’un bunker sous la menace directe des troupes russes.

60 personnes dans un bunker : L’hôtel de la peur
En février 2022, Paulo Fonseca n’est plus l’entraîneur du Chakhtior Donetsk, mais il est revenu à Kiev pour évacuer sa belle-famille. Pris au piège par le déclenchement de l’offensive russe, il trouve refuge dans l’hôtel du président du club ukrainien. Là, il retrouve Roberto De Zerbi, alors en poste au Chakhtior, accompagné de son staff et de la colonie de joueurs brésiliens du club.
« Nous étions peut-être 60, effrayés, parce que nous regardions à la télévision les soldats russes qui essayaient d’entrer dans Kiev. »
Pendant une nuit interminable, au premier sous-sol de l’établissement, le groupe vit au rythme des alertes aériennes et des images de guerre qui défilent sur les écrans. Le tacticien lyonnais confie avoir ressenti une peur primitive, non pas pour sa carrière, mais pour la survie de son fils et de son épouse.
Un périple de 30 heures vers la liberté
Dès le lendemain, une fenêtre de tir s’ouvre. Paulo Fonseca et ses proches s’entassent dans un minibus pour entamer un voyage harassant vers la frontière :
- Destination : La Moldavie, puis la Roumanie.
- Durée : 30 heures de route sous haute tension.
- Finalité : Un retour salvateur au Portugal.
Si Roberto De Zerbi a lui aussi fini par quitter l’Ukraine pour poursuivre sa carrière en Europe (Brighton puis Marseille), ce lien invisible forgé dans les entrailles de Kiev reste indélébile. Cette expérience explique aujourd’hui la virulence des propos de Fonseca envers les instances du football : pour lui, l’Ukraine n’est pas un sujet géopolitique lointain, c’est une plaie qui ne s’est jamais refermée.
Le football, une « dérision » face à la réalité du terrain
Ce témoignage apporte un éclairage nouveau sur la personnalité de Paulo Fonseca au sein du vestiaire lyonnais. Derrière l’entraîneur calme et méticuleux se cache un homme qui a vu la guerre de près. « Je n’y pense pas tous les jours, mais c’est toujours présent en moi », assure-t-il.
Cette tragédie vécue en commun avec De Zerbi rappelle que derrière les schémas tactiques et les transferts à millions, les acteurs du jeu sont avant tout des hommes dont les vies peuvent basculer en quelques minutes. Un séisme personnel qui influence aujourd’hui chaque prise de position publique du Portugais.
Le parcours de fuite de Paulo Fonseca (Février 2022)
| Étape | Lieu | Conditions |
| Le Refuge | Bunker de l’hôtel (Kiev) | Avec Roberto De Zerbi et les joueurs |
| L’Évasion | Minibus vers la Moldavie | 30 heures de trajet ininterrompu |
| La Sécurité | Roumanie puis Portugal | Arrivée en zone protégée |
Un regard changé sur le monde du sport
En racontant cette nuit avec De Zerbi, Fonseca humanise une rivalité sportive qui paraît bien futile face aux événements de 2022. Ce récit renforce sa crédibilité lorsqu’il s’oppose frontalement à Gianni Infantino ou aux intérêts économiques de la FIFA : il parle au nom de ceux qu’il a laissés derrière lui dans les bunkers de Kiev.
Ce traumatisme partagé avec Roberto De Zerbi explique-t-il la solidarité souvent affichée entre les deux entraîneurs sur la scène européenne ?