Sociologie : Béatrice Barbusse dénonce un sport « profondément viriliste » et appelle à la sororité

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Le monde du sport face à ses vieux démons. Alors que l’actualité médiatique a récemment été secouée par la suspension de Daniel Bravo (beIN Sports) suite à ses propos sexistes envers Gaëtane Thiney lors de PFC-OM, la sociologue Béatrice Barbusse livre une analyse sans concession sur les inégalités de genre.

Vice-présidente de la Fédération française de handball et autrice d’ouvrages de référence, elle décrypte pour L’Équipe les mécanismes d’exclusion qui régissent encore le sport de haut niveau, et plus particulièrement le football.


Le sexisme : Un héritage culturel et historique

Pour Béatrice Barbusse, le sexisme n’est pas un accident de parcours mais un élément structurel de la culture sportive, historiquement construite par et pour les hommes.

  • Le cas du football : Elle rappelle que cette discipline a longtemps été interdite aux femmes car jugée « trop dangereuse ». Cet héritage pèse encore aujourd’hui.
  • Le sexisme intériorisé : Les hommes sont socialisés par le sport dans un environnement viriliste, ce qui ancre chez eux un sexisme souvent inconscient mais omniprésent.

Le plafond de verre pour les dirigeantes

Dans son dernier livre (Dirigeantes sportives et plafond de verre), la sociologue souligne l’exigence disproportionnée imposée aux femmes pour accéder à des postes à responsabilité.

Profil des dirigeantesExigences perçuesConséquences
Profil A : La Sur-diplôméeDoit avoir un CV largement supérieur à ses homologues masculins.Sentiment de devoir en faire « toujours plus ».
Profil B : L’Ancienne athlèteS’appuie sur son capital sportif de haut niveau pour être légitime.Risque d’être perçue comme « l’exception ».
Profil C : La « Docile »Doit faire preuve d’une loyauté absolue envers l’organisation.Sentiment de redevabilité envers les hommes qui l’ont « choisie ».

« La moindre erreur peut être perçue comme une confirmation qu’elles n’avaient rien à faire là. » — Béatrice Barbusse


L’omerta : Pourquoi les femmes ne parlent-elles pas ?

Le sport est décrit par la sociologue comme un « petit milieu » où la prise de parole critique est périlleuse.

  • Le risque de marginalisation : Dénoncer le sexisme expose les femmes à une exclusion sociale ou professionnelle.
  • Le poids du silence : Dans ce milieu clos, briser les codes du vestiaire ou de la direction peut être synonyme de fin de carrière.

Les solutions : Sororité et alliés masculins

Pour faire évoluer les mentalités, Béatrice Barbusse mise sur un changement de culture de long terme, porté par deux leviers majeurs :

  1. La logique collective (Sororité) : Plus les femmes seront nombreuses dans les instances de décision, plus elles pourront imposer de nouveaux modes de fonctionnement et se sentir en sécurité.
  2. L’implication des hommes : Le changement ne pourra pas se faire sans alliés masculins prêts à déconstruire les privilèges et les comportements toxiques.

L’affaire Daniel Bravo : Un électrochoc ?

La suspension du consultant de beIN Sports illustre la tension actuelle entre une culture sportive ancienne et les nouvelles exigences d’égalité. Pour la sociologue, ces incidents ne sont que la face émergée d’un système qui considère encore le sport comme la « propriété des hommes ».

Le sport de haut niveau parviendra-t-il à se réformer de l’intérieur, ou les quotas et la pression médiatique resteront-ils les seuls leviers de changement efficaces ?


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