L’arnaque du siècle ou génie incompris ? L’étrange transfert de Julien Faubert au Real Madrid

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C’est une histoire qui, près de deux décennies plus tard, provoque toujours un sourire amusé, voire un éclat de rire, chez les amateurs de football français. Le 31 janvier 2009, le monde du ballon rond assiste à l’un des transferts les plus improbables de l’histoire de ce sport : Julien Faubert, joueur de West Ham, signe au Real Madrid. Un bug dans la matrice, une anomalie spatio-temporelle, un coup de poker ahurissant.

Comment un honnête joueur de Premier League, ancien pensionnaire des Girondins de Bordeaux, s’est-il retrouvé présenté par la légende Alfredo Di Stéfano sous les ors de Santiago Bernabéu ? Retour détaillé sur un « panic buy » hivernal devenu un véritable mythe urbain, entre malentendus, sieste sur le banc et réalité cruelle du très haut niveau.


Le Contexte : Un Real Madrid au bord de la crise de nerfs

Pour comprendre l’incompréhensible, il faut se replonger dans le contexte madrilène de la saison 2008-2009. Le Real Madrid traverse une zone de turbulences institutionnelles et sportives majeures.

  • Le chaos directionnel : Le président Ramón Calderón vient de démissionner suite à un scandale de fraude lors d’une assemblée générale. Vicente Boluda assure l’intérim dans un climat délétère, en attendant le retour salvateur de Florentino Pérez l’été suivant.
  • L’urgence sportive : Sur le banc, Juande Ramos a remplacé Bernd Schuster en décembre. L’entraîneur espagnol fait un constat simple : il manque cruellement d’un ailier droit de débordement pour suppléer Arjen Robben, fragile physiquement, et équilibrer une équipe très axiale.
  • Le plan A avorté : La priorité absolue du Real Madrid s’appelle Antonio Valencia, qui évolue alors à Wigan. Mais le club anglais se montre trop gourmand (il filera finalement à Manchester United quelques mois plus tard). À quelques heures de la fin du mercato hivernal, le Real doit trouver un « Plan B » (ou plutôt un Plan Z) sous forme de prêt, pour un coût minime.

C’est dans cette faille spatio-temporelle du mercato que le nom de Julien Faubert, proposé par son agent Yvan Le Mée, atterrit sur le bureau de Predrag Mijatović, alors directeur sportif de la Maison Blanche.


Le coup de fil surréaliste : « Je n’ai pas le temps pour tes conneries »

L’anecdote de l’annonce du transfert est presque aussi célèbre que le transfert lui-même. Fin janvier 2009, Julien Faubert s’apprête à jouer un match avec West Ham contre Fulham.

Dans le bus de l’équipe, son téléphone sonne. C’est un représentant français de son entourage qui lui annonce que le Real Madrid le veut. La réponse de Faubert est devenue culte :

« Arrête tes conneries, je prépare un match, je n’ai pas le temps pour tes blagues. »

Il éteint son téléphone. Après la rencontre, il rallume son appareil, qui croule sous les messages et les appels en absence. L’offre est réelle : un prêt payant de 1,5 million d’euros avec une option d’achat fixée à 6 millions. Faubert saute dans un avion. Le 2 février 2009, la France du football s’étouffe devant son téléviseur : Julien Faubert pose avec le maillot immaculé floqué du numéro 18, aux côtés d’Alfredo Di Stéfano, président d’honneur du club. L’image semble générée par une intelligence artificielle avant l’heure, mais elle est bien réelle.


Le Bilan Sportif : 54 minutes chrono

Si la présentation fut spectaculaire, la suite de l’aventure relève du fantomatique. Arrivé dans un vestiaire peuplé de stars (Raúl, Casillas, Cannavaro, Sneijder, Van der Vaart, Robben), le Français mesure rapidement l’écart abyssal qui sépare un bon joueur de Premier League des exigences du Real Madrid.

  1. Une concurrence intouchable : Arjen Robben est dans une forme étincelante. Gonzalo Higuaín est décalé sur un côté. Faubert n’a tout simplement pas sa place.
  2. Un temps de jeu famélique : Son bilan sportif sous le maillot merengue se résume à une misère statistique. Il dispute deux petits matchs de Liga. Une entrée en jeu contre le Racing Santander (30 minutes) et une autre face à l’Athletic Bilbao (24 minutes).
  3. Zéro impact : Aucun but, aucune passe décisive, aucune fulgurance capable d’inverser la tendance. Juande Ramos comprend vite que sa recrue de dépannage ne peut pas élever le niveau de l’équipe.

Statistiques de Julien Faubert au Real Madrid (2008-2009)

CompétitionMatchs jouésMinutes disputéesButsPasses décisives
La Liga25400
Ligue des Champions0000
Coupe du Roi0000

Les Polémiques : Entre « sieste » et jour de repos fantôme

Ce qui a fait passer le passage de Julien Faubert au Real Madrid du simple « casting raté » au statut de légende comique, ce sont deux incidents extra-sportifs qui ont fait les choux gras de la presse espagnole, toujours impitoyable avec les erreurs de casting.

  • Le « lapin » à l’entraînement : Un dimanche, Faubert ne se présente pas à Valdebebas, le centre d’entraînement du Real. Le joueur, croyant fermement que l’équipe bénéficiait d’un jour de repos, est resté chez lui. Il recevra un appel paniqué d’un coéquipier (Lassana Diarra) lui demandant où il est. Une amende et des excuses publiques plus tard, sa réputation de touriste est faite.
  • La sieste de Villarreal : L’image a fait le tour du monde. Lors d’un match face à Villarreal, Faubert est filmé sur le banc de touche, affalé sur son siège, les yeux fermés. La presse madrilène titre : « Faubert s’endort sur le banc ».Le joueur s’en défendra vigoureusement des années plus tard : « Je ne dormais pas ! J’étais simplement dégoûté de ne pas entrer en jeu, j’ai fermé les yeux et me suis laissé glisser sur mon siège. Si on regarde la vidéo, on voit que je rouvre les yeux quelques secondes plus tard. Mais les photographes n’ont gardé que cette image. »

Analyse : Arnaque ou victime d’un système ?

Avec le recul, il est trop facile de résumer Julien Faubert à l’étiquette du « pire transfert de l’histoire du Real Madrid ». Le procès en incompétence est injuste.

Il convient de rappeler que Faubert n’était pas un joueur de niveau amateur. À l’époque, il possédait des qualités athlétiques indéniables. Il avait explosé aux Girondins de Bordeaux, ce qui lui avait valu d’être sélectionné en Équipe de France en 2006. Fait historique : lors de sa seule et unique sélection face à la Bosnie-Herzégovine, il portait le mythique numéro 10, laissé vacant par la retraite de Zinédine Zidane, et il a même marqué le but de la victoire (2-1) !

Le problème n’était pas Julien Faubert. Le problème était le changement de dimension. Le Real Madrid est une institution qui broie ceux qui n’ont pas les épaules psychologiques et le talent pur pour y survivre. Faubert a été la victime collatérale d’une direction en panique totale, qui a jeté un joueur de rotation de West Ham dans la fosse aux lions de Bernabéu pour calmer les exigences de son entraîneur.


Conclusion : Un souvenir impérissable

À la fin de la saison, Florentino Pérez reprend le pouvoir, achète Cristiano Ronaldo, Kaká et Karim Benzema. Le prêt de Julien Faubert n’est évidemment pas prolongé. Le Français retourne discrètement à West Ham. Il connaîtra ensuite une carrière tout à fait honorable, repassant par Bordeaux, la Turquie, et même des expériences exotiques en Finlande et en Indonésie.

Aujourd’hui reconverti comme entraîneur, Julien Faubert aborde cet épisode avec beaucoup de philosophie et de recul. « Les gens peuvent se moquer », dit-il souvent, « mais combien peuvent se vanter d’avoir signé un jour un contrat avec le Real Madrid, d’avoir été présenté par Di Stéfano et de s’être entraîné avec Raúl ou Cannavaro ? »

L’étrange transfert de Julien Faubert n’est pas une arnaque. C’est l’un de ces miracles improbables que seul le football et la folie du mercato hivernal peuvent nous offrir. Une péripétie absurde qui, aujourd’hui encore, garantit une anecdote savoureuse dans les discussions de comptoir des amateurs de football français. Et au fond, c’est peut-être ça, le véritable génie de cette histoire.


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